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Page : Tabarka - Grand Tunis - Cap Bon - Sousse - Mahdia - El Jem - Sfax - Kairouan - Jerba Zarzis - Le Grand Sud

Le Grand Sud

Au sud du parallèle de Gafsa, s'étend une région qui couvre, avec 90.000 km2 plus de la moitié de la superficie du pays. La pluviométrie y est très faible, toujours inférieure à 200 mm, pouvant descendre au-dessous de 100 mm.
Même si l’aridité constitue leur point commun, toutes ses étendues sont loin d’être uniformes. Paysages naturels, modes de culture, type d'habitat, activité des populations, us et coutumes, du nord au sud, de l'est à l'ouest, tout est différent. Cette grande variété offre une multitude de trèsors à explorer.

Au VIIe millénaire av. J.-C., en lieu et place de ces zones désertiques, courait une immenses savane qui abritait des animaux d'espèces africaines. Des groupements humains y vivaient et développèrent, autour de la ville de Gafsa, la Capsa de l'Antiquité, ce qu'on appelle aujourd'hui la civilisation capsienne.

Le Djérid, « pays des palmes », entra dans l'Histoire avec la construction par les Romains d'un lime, un système de postes fixes, de tours de guet, de fossés et de murs, destiné à protéger la province de l'Africa contre les incursions des nomades des franges du désert. Mais il ne reste que peu de traces de ce passé du Djérid, sinon les noms évocateurs de Thusuros -Tozeur -, Aggasel Nepte - Nefta-, Thagis - Kriz-, qui étaient d'anciens postes sur la voie romaine reliant Biskra à Gabès.

Le christianisme se répandit parmi les Berbères de la région qui, au moment de la conquête arabe, menèrent d'âpres luttes contre les guerriers de l'Islam. Au Moyen Age, Tozeur était connue sous le nom de Kastiliya, qui désignait aussi toute la région.

Au sud du Djebel Tebaga qui, lui-même, s'allonge au sud du chott el Fejej, à l'est du chott El Djérid et à l'ouest du Dahar, s'étend le pays des Nefzaouas où des traces d'occupation humaine remontent à l'époque néolithique. L'intérêt que manifestèrent les Romains à la région était surtout militaire, même s’ils mirent en place quelques établissements agricoles ou créèrent des voies.
Le chameau, introduit au IIe siècle, joua un grand rôle dans la vie des tribus. Les brassages avec les grandes tribus sahariennes, nomades et chamelières, donnent naissance à la grande confédération berbère des Nefzaouas qui comprend les tribus des Mrazig, Ghrib, Adhara, Sabria, Ouled Yacoub, Rebayaâ... Leurs ancêtres, pasteurs nomades, sont mentionnés par Hérodote dès le Ve siècle av. J.-C.

Au sud-est, la plaine de la Djeffara est dominée par une falaise abrupte de couleur ocre. Cette falaise est le Djebel, qui n'est que le rebord d'un plateau, le Dahar. Le Djebel prend la forme d'un grand arc montagneux, s'étendant de Médenine à Dhéhibet, près de la frontière tuniso-libyenne. Le paysage tout à la fois aride, déchiqueté et tourmenté, est fascinant par sa grandiose beauté.

Le Djebel a accueilli les populations de la plaine voisine à la recherche d'un refuge sur les pitons rocheux. En des endroits inexpugnables, ces populations berbères construisirent des villages fortifiés, les Ksours (pluriel de Ksar), adoptant un habitat troglodytique, parfaitement adapté aux rigueurs du climat. Le terme ksar, s'il s'applique à ce type de village perché, désigne aussi le grenier collectif, établi en contrebas, dans la plaine. Ces constructions étranges comportent un certain nombre d'alvéoles superposées où les habitants emmagasinaient leurs récoltes pour les mettre à l'abri des razzias.
Le ksar était, en même temps, un lieu de vie sociale et religieuse, de rencontres, de festivités, d'enseignement...
Certains ksours ont été transformés en hôtels.

Derrière le long escarpement du Djebel, s'étend le Dahar, revers du plateau qui s'incline en pente douce vers l'ouest et finit par s'enfoncer sous les dunes de l'Erg oriental.

Le sud est ainsi une juxtaposition de milieux naturels très différents les uns des autres. Ce sont des zones arides montagneuses qui voisinent avec des plaines et des plateaux dénudés, des dépressions du Chott El Fejej, du Chott El Djérid, et chott El Gharsa, les marches du désert, le désert, le Grand Erg déployant ses impressionnantes étendues de dunes, les oasis de plaine et les oasis de montagnes.
Ces milieux si différents ont cependant en commun d'être tous d'une extraordinaire beauté.

Les oasis

L'oasis la plus au nord du pays est celle de Gafsa

À l'ouest de Gafsa, tout près de la frontière tuniso-algérienne, on trouve les oasis de montagne : Chébika, la plus méridionale, un peu plus au nord, Tameghza et, tout près de celle-ci, Midès.

Au sud-ouest de Gafsa, entre le Chott El Gharsa et le Chott El Djerid, s’étend le pays du Djérid, avec ses quatre oasis : El Hamma et El Oudiane au nord, Nefta et Tozeur au sud.

En faisant, à partir de Tozeur, la fabuleuse traversée du chott el Jerid, on découvre le pays de Nefzaoua avec ses oasis notamment Kébili et Douz.

Gafsa

Située aux portes du désert, Gafsa, l'antique Capsa, l'oasis la plus septentrionale du pays, était une importante cité numide. Elle a été conquise par les Romains qui en ont apprécié l'emplacement près d'un col fréquemment emprunté par les caravanes. Ils en ont fait l'étape principale sur la grande voie stratégique qui reliait Haïdra (Ammaedra) - où se trouvait le camp de la IIIe Légion d'Auguste - à Gabès. La religion chrétienne s'est beaucoup développée dans la cité et sa région. Jusqu'au XIIe siècle, ses habitants, en partie encore chrétiens, parlaient un mélange de berbère et de latin.

C'est dans les environs de la cité qu'on a découvert des gisements préhistoriques contenant les vestiges d'une civilisation que les préhistoriens ont appelé civilisation capsienne.
De la période romaine, il ne reste pratiquement que des piscines. Il s'agit de deux bassins entourés de hautes murailles en pierre de taille et alimentés par des sources jaillissant du fond des bassins.

Gafsa possède une médina qui ne manque pas d'intérêt malgré son état de dégradation.

La Grande mosquée est inspirée de la mosquée de Oqba à Kairouan. Le mihrab et le minbar sont particulièrement beaux.

Le tissage est une très ancienne activité dans la ville et sa région. La production en est variée : vêtements, kilims, ferrachias... Un centre artisanal fonctionne à Gafsa. On peut y admirer le savoir-faire des jeunes filles de la région que l’on peut voir à l'œuvre, en train de réaliser de très belles pièces.

Une Association de sauvegarde de la médina a été créée à Gafsa. Elle anime des rencontres et des colloques et procède à la restauration de quelques demeures œuvrant ainsi à la sauvegarde du patrimoine.

A une trentaine de kilomètres de Gafsa, se situe Metlaoui qui doit son importance aux gisements de phosphates, découverts en 1886 par un vétérinaire militaire passionné de paléontologie, Philippe Thomas. L'exploitation des phosphates a donné naissance à plusieurs centres miniers comme Redyef, Oum El Araies et Mdhilla...

Un musée d'histoire naturelle a été créé à Metlaoui. Tous les éléments qu'il présente ont été trouvés dans la région : mâchoires de sauriens, tortues, divers fossiles... Il contient aussi des animaux naturalisés et des éléments relatifs à la Préhistoire.

À quelques kilomètres de Metlaoui, se trouvent les spectaculaires gorges de Thelja : une faille impressionnante, avec des parois très hautes taillées à pic, donne accès à un cirque qui se rétrécit avant de s'élargir de nouveau pour se rétrécir encore. La présence des Romains est attestée par les barrages construits dans le défilé.
Un petit train, nommé Le Lézard rouge permet de se rendre de Metlaoui à ces gorges spectaculaires.

Les oasis de montagne

Elles sont au nombre de trois, d'une fascinante beauté : Chébika, Tameghza et Midès.

Poste militaire édifié par les Romains, Ad Speculum s’accrochait à flanc de montagne, aux confins du lime, sur la voie reliant Theveste (Tébessa) en Algérie à Tacapa (Gabès) sur la côte orientale de Tunisie. Pour communiquer avec les postes voisins, les légionnaires utilisaient un miroir réfléchissant. Ce site merveilleux est aujourd'hui occupé par le village de Chébika dont l'ethnologue et écrivain français, Jean Duvignaud, dit : "Alors apparaît Chébika. Mais très loin, comme une touffe au flanc de la montagne qui, depuis le désert, devient transparente tant sa couleur s'éclaircit".
Les constructions sont faites de pierre et de terre, à mi-hauteur de la montagne, sur une sorte de plate-forme dominant l'oasis, la gorge de l'oued et une profonde crevasse. Dans une gorge encaissée, encadrée par des rochers rouges, coulent, à 500 m de village, sur un lit de sable blanc, des sources qui irriguent les palmiers. Le lit de l'oued est coupé par une charmante petite cascade. Le village primitif, en ruine, est aujourd'hui abandonné par ses habitants, relogés non loin du site. Il n'en est que plus impressionnant.

À quelques kilomètres de Chébika, El Khanga est une petite oasis située à l'entrée d'une gorge. Le paysage que traverse la route, courant au-dessus de belles gorges, est grandiose. En empruntant cette route, on aboutit, après avoir franchi l’Oued El Khanga, à Tameghza.

Tamerza est peut-être l'antique Ad Turres, poste défensif romain, devenu, à l'époque byzantine, siège épiscopal. Barricadé derrière une chaîne de montagnes, suspendu aux flancs d'un gigantesque canyon, dominant une immense plaine, le village jouit d'un site privilégié. En descendant du village, on peut atteindre le ravin de l'Oued El Khanga où l'on peut admirer une très belle cascade.

Comme à Chébika, l'ancien village, ici en pisé, a été abandonné et ses habitants occupent, tout près, le village nouveau. Mais le charme du site demeure intact. L'ancien président de la République française, François Mitterrand y a passé un agréable séjour.

Midès, ancien Mades, est une autre oasis de montagne. C'est un village perché dominant, sur une hauteur d'une soixantaine de mètres, une superbe palmeraie. Il est suspendu au-dessus des profonds ravins aux parois abruptes qui l'entourent sur trois côtés. Dans certaines constructions, on peut remarquer des éléments antiques intégrés à la maçonnerie. Le village doit son existence à des sources qui jaillissent d'un banc rocheux à faible distance du village.

Les anciennes pistes difficiles ont fait place à des routes asphaltées pour faciliter l’accès à ces merveilleux sites.

Le Djérid

Le Djérid - les palmes - ou bled El Djérid - pays des palmes - s'étend sur l'isthme qui sépare les deux chotts, El Gharsa et El Djérid. C'est un pays aride où la pluviométrie est très faible. Il ne doit l'exubérance de ses palmeraies qu'à l'existence de nombreuses sources et, depuis quelques décennies, à des forages. L'eau, sans laquelle aucune culture n'est possible, est précieuse. Sa répartition entre les agriculteurs se fait selon des modes savants très précis. Comme les terrains, l’eau peut faire ici l'objet de transactions. L'utilisation de l'espace se fait d'une manière intensive. À l'ombre du palmier-dattier, on fait pousser des arbres fruitiers sous lesquels on pratique d'autres cultures, comme celles des légumes. En dehors des oasis ne règne que le désert.

Le Djérid, qui s'appelait autrefois Castiliya, comprend quatre oasis : Tozeur, Nefta, El Hamma et El Oudiane.

Tozeur

Tozeur, la perle et la capitale du Djérid, se trouve au coeur de l'une des oasis les plus célèbres au monde. C'est l'ancienne Thusuros, un des postes qui se trouvaient sur la voie romaine allant de Biskra à Gabès.

C'est le plus gros producteur de dattes, surtout la variété « déglet en- nour », dont l'excellente réputation n’est plus à faire.

Tozeur était une sorte de port du désert, un centre actif du commerce caravanier transsaharien. Elle a connu son apogée au XIVe siècle. Nombreux sont les endroits qui méritent qu’on s’y attarde :

Au pied du belvédère (Ras El Ayoun) d'où la vue peut embrasser une grande étendue (la palmeraie, la ville, le Chott El Djérid, le Sahara), jaillissaient de nombreuses sources qui, taries, ont été remplacées par des puits artésiens.

Bled El Hadher est un petit hameau qui marque l'emplacement de l'ancienne cité romaine, dont le seul vestige est une base antique recouverte des ruines d'un minaret en briques. La mosquée toute proche a été construite au XIè siècle. Un décor hispano-maghrébin, réalisé à la fin du siècle suivant, orne le mihrab.
C'est dans ce hameau que se trouve le tombeau d'Ibn Chabbat, mort en 1282. D'importants travaux sur la culture du palmier et l'invention d'un système de répartition des eaux ont perpétué sa mémoire. Son nom a été donné à une place qui constitue le coeur de la ville.
Le Paradis est un extraordinaire petit jardin où sont cultivées des centaines de variétés de fleurs. La promenade y est très agréable.
Le quartier des Ouled Hadef est le plus ancien de la ville. La promenade constitue un véritable enchantement : voûtes épaisses sous lesquelles passent les rues, des placettes charmantes, des zaouias et des mosquées parées de revêtement en briques...

L'architecture est typique des localités du Djérid.
Les maisons sont en général vastes et faites en briques. Anciennes ou récentes, elles présentent une façade à décor géométrique assez particulier : de couleur ocre, les briques sont en saillie ou en retrait et dessinent ainsi des motifs géométriques en relief très originaux. Ces motifs s'apparentent à l'ornementation des tapis et des divers tissages locaux. Ils seraient d'origine berbère.
Cette technique est de plus en plus mise en œuvre dans la construction des édifices administratifs et des hôtels.

Le musée Dar Chraiet présente une reconstitution de certains aspects de la vie traditionnelle.

Le musée des Arts et Traditions populaires, installé sous la coupole de Sidi Bou Aïssa, est d'un grand intérêt. On y trouve, très bien exposé, le plan d'eau de l'oasis au XIIIe siècle.
Les salles, plutôt de dimensions modestes, présentent des moments de la vie sociale et domestique. Dans la chambre de la mariée, on peut admirer une très riche collection : costume de fête de la mariée, coffres de mariage, couscoussier, bijoux, flacons de parfum, boîtes à henné, objets et ustensiles de cuisine. On peut remarquer des couvertures réalisées dans le style de Tozeur, des kilims (tapis), un costume que porte le jeune garçon lors de la cérémonie de la circoncision...
On trouve aussi, dans ce musée, beaucoup d'autres objets : des armes, des lampes à huile, des poteries romaines...

Nefta

Nefta est l'oasis la plus charmante. C'est l'antique Aggasel Nepte des Romains.

Détuite au XIe siècle par les souverains de Tunis pour refus de payer l'impôt, la ville de Nefta se releva. Elle devint un centre influent du soufisme, mouvement mystique musulman. Elle atteignit son apogée au XVIe siècle. La vie y est encore imprégnée de spiritualité. Une vingtaine de mosquées et une centaine de coupoles rappellent que Nefta est la ville sainte du Djérid. Elle est le deuxième centre religieux de Tunisie, après Kairouan. C'est ici que Sidi Bou Ali, un mystique du XIIIe siècle, a fondé une confrérie. La zaouia se trouve au milieu de l'oasis.

L'endroit le plus célèbre, à Nefta, est sa somptueuse Corbeille. C'est une vaste cuvette située au nord de la ville. Elle a vaguement la forme d'un triangle dont le côté nord mesure quelque six cents mètres. Les deux autres côtés se rapprochent sans se toucher, ménageant un couloir qui va serpentant pour rejoindre la palmeraie. Les parois sont abruptes et arides, hautes d'une trentaine de mètres. Au fond jaillissent de nombreuses sources grâce auxquelles pousse une végétation luxuriante de hauts palmiers abritant de beaux vergers.

C'est du rebord ouest de la Corbeille qu'on peut avoir, à partir du Café de la Corbeille, la meilleure vue d'ensemble sur ce site somptueux, sur la ville et les innombrables coupoles parsemant son espace. Le fond de la cuvette et le lit de l'oued sont accessibles à partir de la mosquée Sidi Salem.

En se promenant dans la ville, on découvre des ateliers de fabrication de briques caractéristiques de la région du Djérid, des potiers, des femmes en train de tisser des étoffes en laine ou en soie, des mergoums, des tapis, des nappes.

La palmeraie est très belle.

La zaouia Sidi Bou Ali est construite au milieu de luxuriants jardins. On peut y admirer la salle où se trouve le tombeau du saint. Elle est couverte d'une coupole ornée d'une riche décoration. Cette zaouia ainsi que celle d'El Qadriya sont des lieux religieux. Les pèlerinages y sont fréquents.

El Hamma

El Hamma du Djérid est une petite oasis. Tout près, il devait y avoir, à l'époque romaine, une cité dont on peut voir les nombreux vestiges au lieu-dit de Gabch. L'oasis se caractérise par sa fraîcheur.
El Hamma possède six sources thermales qui jaillissent à 38°. Leur eau est chlorurée, sodique et même, pour certaines sources, sulfureuse.
Ces sources étaient utilisées par les Romains qui y ont édifié des installations dont il ne reste plus de traces. Elles continuent à être utilisées par les habitants du Djérid et même par des curistes venant de plus loin.

El Oudinae

El Oudiane - les oueds - est un chapelet d'oasis et de villages, long d'une dizaine de kilomètres. Degache en est le pus gros centre. Les deux villages de Zaouiet El Arab et Ouled Meged forment désormais une même agglomération. C'est dans ce dernier qu'on trouve une mosquée très ancienne, construite au IXè siècle sur une base romaine et possédant un minaret remarquable. Un peu plus loin, on trouve Kriz, l'ancienne Thagis. La dernière palmeraie d'El Oudiane est celle de Cedada, après laquelle s'ouvre la route qui traverse le Chott El Djérid.

Les Chotts

Les chotts sont des dépressions fermées. Ils sont au nombre de trois :
Le Chott El Gharsa, à l'ouest, a la forme d'un triangle très allongé dans le sens est-ouest, dont le sommet touche presque la frontière tuniso-algérienne. La base, à l'est, fait 20 km. La longueur de la dépression est d'une cinquantaine de km. Le fond, fait de boues très salées, descend à 17 m au-dessous du niveau de la mer. El Gharsa est dépourvu d'eau souterraine.

À l'est, s'étend le Chott El Fejej. Il s'allonge, dans le sens est-ouest, sur environ 90 km. Son extrémité orientale n'est séparée du Golfe de Gabès que par un seuil d'une vingtaine de km de large. Sa largeur varie de 4 à 20 km. Il possède quelques sources et est relié au Chott El Djérid.

Séparé du Chott El Gharsa par un isthme d'une dizaine de km et prolongé à l'est par le Chott El Fejej, le Chott El Djérid est le plus vaste des trois. Son altitude moyenne est de 16 m au-dessus du niveau de la mer. Les plus grandes dimensions sont de 70 et 117 km.

Dans ce secteur, les nappes souterraines sont abondantes. D'où le grand nombre de sources et de puits artésiens. C'est ce qui explique le grand nombre et la beauté des oasis dans ces régions.

Ces dépressions ont toujours fasciné les hommes. Les imaginations se sont même enflammées au moment de l'achèvement, en 1869, du percement du canal de Suez par Ferdinand de Lesseps ! Le projet d'une mer intérieure, créée par le creusement d'un canal reliant la région des chotts au golfe de Gabès, en a fait rêver plus d'un. L'idée a même inspiré à Jules Verne un roman, La Mer intérieure. Mais le projet n’était pas réaliste, car seul le Gharsa est au-dessous du niveau de la mer.

L'abandon de cette idée n'a pas empêché le Chott El Djérid de garder intact tout son pouvoir de fascination sur le visiteur. L'immense dépression, salée et stérile, éclatante de blancheur, a quelque chose d'éblouissant. Cette étendue vide recouverte, par endroits, de croûtes salines desséchées et, en d'autres, d'efflorescences cristallines de sel, crée est une merveille
Naguère, il fallait avoir un certain goût de l'aventure pour entreprendre la traversée du chott. Aujourd'hui, celle-ci se fait sur une route sûre. L'enchantement est de la même intensité, avec la peur en moins, et les mirages en récompense. Des maisons, des falaises, des arbres, des silhouettes diverses flottent au-dessus de la mer de sel scintillant.

La route qui traverse le Chott El Djérid débouche dans le pays de Nefzaoua.

C'est une région d'un peuplement très ancien, comme en atteste la présence de pointes et de flèches en silex taillé. Ce peuple des Nybgéniens, riverains de la Petite Syrte, est évoqué, au Ve siècle av. J.-C., par Hérodote qui le présente comme un groupe de pasteurs nomades, ce qu'il est resté jusqu'à une époque récente.

Le mélange de plusieurs tribus, les Nybgéniens, les Nasamons refoulés de la plaine de la Djeffra à l'est, les Gétules, les nomades sahariens, donne la confédération des tribus Nefzaouas, qui ont longtemps lutté, pour leur indépendance, contre les Romains, mais aussi contre les guerriers de l'Islam.

Le pays des Nefzaouas est enclavé entre le Djebel Tébaga et les chotts, le plateau du Dahar. Celui-ci s'incline doucement vers l'ouest. Il forme le seuil du grand Erg oriental. Sa partie orientale est couverte de graviers, de cailloux et de dalles. Au sud, ce sont les sables roux du Grand Erg. Au nord-ouest, deux types de sols en couvrent la surface : des sebkhas portant la végétation caractéristique des sols salés, les salsolacées, et des zones de petites dunes d'un sable très blanc, portant de petits bouquets de palmiers irrigués par de petites sources.

La traversée du Chott El Djérid aboutit à une sorte de presqu'île sablonneuse où, après les petites palmeraies de Debabcha, Fatnassa, Zaouiet El Hart, Bechri et Oum-es-Somaa, on trouve la première oasis de Nefzaoua, Souk El Ahad. C’est à deux ou trois km avant Menchia, la principale agglomération de la presqu'île, où se tient un important marché hebdomadaire, le dimanche. Tout proche, un piton permet d'avoir une superbe vue sur toute la presqu'île et ses oasis.

Telmine, l'une des oasis les plus importantes de la région, est l'endroit où fut édifiée par les Arabes la première mosquée de l'Ifriqiya. C'était en 669, un an avant la construction de la Grande Mosquée de Kairouan. Ce fut le même Oqba Ibn Nafaâ qui l'éleva.

À 1,5 km de Telmine, se trouve Mansourah, bâtie sur l'emplacement d'une cité antique, Civitas Nybgenorium, centre numide devenu cité romaine d'abord sous ce nom, puis sous celui Turris Tamalleni (aujourd'hui Torra). Elle aurait été le siège d'un évêché à partir du IVe siècle. Elle fut un des centres de la résistance des Almoravides contre les Almohades qui finirent par la mettre à sac en 1205.
Des vestiges anciens, il ne reste que peu d'éléments : des matériaux de remploi dans les maisons de villages et deux grands bassins d'origine romaine qui constituent le plus vaste plan d'eau de la région.

Kébili

C'est une grande oasis de la région de Nefzaoua. Longtemps, elle a été une étape importante sur la route du commerce caravanier transsaharien. Aujourd'hui, siège de gouvernorat, elle est la capitale administrative de la région.
Sa splendide palmeraie est alimentée par la source de Ras El Ayoun, dont le site est très beau et dont l'eau jaillit en une vingtaine d'endroits.

La ville comporte un quartier moderne, avec un tracé de rues octogonal.
Mais c'est l'ancien noyau qui, malgré son état de dégradation, présente un intérêt touristique certain. L'architecture en est typique de l'urbanisme arabo-musulman. Le tissu urbain est dense, compact et homogène. Les rues étroites sont sinueuses et constituent, par leur tracé tortueux, une efficace protection contre la force des vents.
Des opérations de restauration de demeures et de placettes sont entreprises pour réhabiliter le site, dans le respect des traditions architecturales, et pour y créer des lieux d'animation en phase avec l'authenticité des lieux et de la culture.
Outre ses nombreux attraits qui attirent déjà un grand nombre de touristes, Kébili est en train de devenir un haut lieu du tourisme culturel.

Douz

À une trentaine de kilomètres de Kebili, Douz est une petite cité qui doit sa création à une source abondante. C'était le centre autour duquel se groupaient les nomades.
Elle doit aujourd’hui son existence à des puits artésiens.
Douz, centre de sédentarisation des Mrazig, c’est déjà le Grand Sahara dont les dunes mouvantes entourent la petite ville.
Son marché hebdomadaire se tient le jeudi. Il attire les nomades chameliers de la région.

A Douz, l'artisanat est encore très actif. Les artisans, dont le savoir-faire est le fruit d'une longue tradition, sont très inventifs. Ils fabriquent des belghas - babouches - de couleur jaune ou beige portant de fines décorations, des chaussures en poil de chameau, des burnous de la même matière, célèbres par leur moelleux, des tenues sahariennes brodées.

La manifestation touristico-culturelle la plus importante de la région est certainement le Festival international du Sahara qui se tient à Douz. Axé sur la vie du désert, il présente de nombreux aspects de la vie nomade : le départ des caravanes qui représentait un grand moment de la vie des tribus, des cérémonies et des rites de mariage, la tonte des moutons, les scènes de chasse au sloughi...

Mais Douz a un autre attrait : elle est la dernière étape, avant la grande aventure saharienne. Au bord du Grand Erg, elle est la porte ouverte sur le Sahara et ses étendues grandioses.

Non loin de Douz, se trouve Offra, la plus grande dune au commencement du Sahara. C'est le point de départ des fabuleuses randonnées à dos de chameau. Un peu plus loin, Ghlissia, petit village toujours sur le point d'être envahi par les sables. A une quinzaine de km de Douz, Zaâfrane regroupe les Adharas sédentarisés mais qui continuent à pratiquer la transhumance . Tout près de Zaâfrane, Mimoun est une charmante petite palmeraie, avec une mare aux eaux poissonneuses. Sabria, centre de sédentarisation d'un clan proche des Ghribs, est une oasis cernée de dunes. El Faouar rassemble les Ghrib qui pratiquent l'élevage camélidé et ovin. L'oasis est irriguée par les eaux d'un puits artésien.

Ainsi Douz est le seuil de ce monde infini. L'absence de limites dans cet univers crée une reposante impression de plénitude.

Dans ces immensités sans fin, la présence humaine raréfiée renforce la sensation de vide.
C'est le monde du silence mais ce monde n'est pas muet. On peut en saisir les palpitations secrètes et une communauté de rythme s'établit entre l'homme et le désert.

Le monde des ksours

Si, dans le Nefzaoua, l'homme est confronté au sable avec son univers souple, ondoyant et finalement doux, ici, dans la région des ksours, l'homme est confronté au monde dur de la pierre, de la rocaille. Protégé par l'oasis, univers clos, l'homme tourne le dos au désert qui l'entoure. Ici, il est, à tout instant, en butte à un milieu dur, âpre, impitoyable, fait de terre desséchée et craquelée et de montagnes déchiquetées sur lesquelles se perchent de vieux villages berbères, en des sites imprenables.

Des dunes du Grand Erg, à l'ouest, un plateau émerge doucement. Son altitude s'élève au fur et à mesure qu'il avance vers l'est. C'est le plateau du Dahar - dos - qui, après avoir déployé ses étendues farouches, se termine, avant la côte, en rebords abrupts, constituant le Djebel Dahar, à l'allure de falaise, long ruban mauve de quelque 150 km, allant de la zone de Médenine et du sud de Matmata à Dhéhibat -et même au-delà-. Ce puissant arc montagneux domine de plusieurs centaines de mètres l'immense plaine de Djeffara, qui va plonger sous le rivage de Syrtes.

Impressionné, le Père André Louis dépeint la région en un raccourci saisissant : « Un décor dantesque ! Les ocres d'une falaise abrupte contre laquelle vient buter, tel un immense golfe sans eau, la plaine de la Djeffara... »

La région, comme beaucoup d'autres en Tunisie, a eu une histoire mouvementée. Des invasions ont chassé de la plaine ses habitants, agriculteurs et éleveurs. Ils se réfugièrent sur des sites défensifs, en piémont ou sur des pitons rocheux. Ils édifièrent des villages fortifiés - les kalaas -. Avec la fin des troubles, certains groupes redescendirent dans la plaine. D'autres demeurèrent dans la montagne.

Dans leur nouveau milieu, les populations ont dû refaçonner leurs conditions de vie. Ils ont construit des greniers fortifiés, les ksours - pluriel de ksar -. L'élément de base en est la ghorfa, alvéole allongée de forme demi-cylindrique, où la famille engrange ses récoltes. Les ghorfas sont construites sur deux ou plusieurs niveaux, autour d'une cour intérieure dont l'accès est fermé. L'ensemble constitue le ksar, qui peut servir aussi de citadelle-refuge et constituer un espace de la vie sociale.

A proximité, en général en contrebas, se situe l'habitat. Il est de type troglodytique. En montagne, à flanc de versant, il est creusé horizontalement dans la roche. En plaine, on creuse un puits central large sur les parois duquel on aménage, horizontalement, les logements sur un ou plusieurs niveaux.

Dans ce milieu aride, l'homme a fait preuve d'une grande ingéniosité pour exploiter au mieux les ressources en sol et en eau, pour créer, dans des conditions limites, les taches de verdure. Il a inventé les jessours - pluriel de djesr - des murets en pierre sèche qui permettent de retenir l'eau, si rare, et la mince couche de terre arable. De même, il a su, en ce milieu si difficile, aménager le sol en petites terrasses pour ses maigres cultures, faire pousser l'orge, le palmier, l'olivier et le figuier.

La vie des habitants, pasteurs et cultivateurs, se partageait entre les maigres vergers, les terres incertaines de labour en plaine et les étendues de pâture situées sur l'immense plateau du Dahar.

En arrière de l'arc montagneux de Djebel Dahar s'étend le plateau du Dahar. Ici, les hommes sont maîtres de l'étendue, vivant en un face-à-face interminable avec l'infini. L'homme est envahi par le silence ambiant sous le seul regard des étoiles.

Mais le silence et le vide ne sont que trompeuses apparences. Le désert n'est pas muet et il est jalonné de signes. Cheminant la nuit, le nomade égaré ne sachant plus où il se trouve, coupe au ras du sol une brindille et, la mâchonnant, reconnaît l'endroit et retrouve son chemin. Il s'agit d’apprendre à lire ce monde, de déceler les empreintes à peine visibles, de repérer les plantes et même les cailloux qui sont autant de messages. Messages salvateurs, messages d'amitié.

L'acharnement des hommes à subsister dans ces milieux, montagne ou désert, extrêmement difficiles est une admirable leçon de modestie, de ténacité et de courage. L'homme apprend à reculer ses propres limites au-delà des limites du possible.

Matmata

Il est difficile d'imaginer site plus spectaculaire, un endroit où la couleur locale puisse s'exprimer avec plus de force. Matmata se trouve dans une cuvette parsemée d'innombrables collines minuscules. Ce paysage de mamelons, brûlé par le soleil, a quelque chose de lunaire. Les montagnes entourant l'endroit sont dénudées. De loin, le sol apparaît criblé d'une infinité de cratères. Dès qu'on en approche, tout s'évanouit sans, pourtant, cesser d'être là.

Creusées dans des mamelons, les habitations appartiennent pourtant au type d'habitat troglodytique de plaine. L'excavation centrale, qui fait office de cour, d'un diamètre d'une dizaine de mètres et d'une profondeur de six ou sept mètres, comporte un tunnel qui débouche sur le flanc de la colline. C'est l'accès à la cour centrale. Il peut être fermé par une porte faite de branches de palmier. Les diverses pièces s'ouvrent, sur deux niveaux, sur la cour. Celles du niveau inférieur sont destinées à des usages divers. Au niveau supérieur, on trouve les chambres d'habitation et les magasins à provisions.
Ce type d'habitat est adapté au climat : les habitations souterraines restent fraîches, quand il fait chaud dehors, et protègent du grand froid en hiver.

Le centre artisanal est très intéressant. On y réalise de beaux tissages, notamment des tapis dans un style particulier, le tapis de Oudhref.

Des hôtels de haut standing sont réalisés dans cette architecture troglodytique. Ils font l'émerveillement des visiteurs éblouis par leur haut niveau inattendu de confort, par leur originalité et leur parfaite adaptation aux données climatiques.

Dans ce que l'on appelle le pays de Matmata, qui s'étend à l'extrémité nord de la chaîne du Dahar, on trouve beaucoup d'autres sites très intéressants : Tijma, Haddège, Tamezret avec ses maisons en pierre sèche accrochées à la montagne, Zeraoua où l'on fabrique de beaux bakhnougs, Béni Aïssa où le type d'habitat troglodytique est poussé à un haut niveau de perfection, Téchine...

Toujane est un beau village à flanc de montagne, où l'artisanat est très actif : châles très beaux, kilims somptueux... On y trouve un moulin à huile actionné par un chameau. Réputé aussi pour la qualité du miel.

Médenine

Carrefour de nombreuses routes, c’est un centre administratif important. Tout près de la ville, on trouve le ksar de Médenine.

Le ksar comportait quelque six mille ghorfas, cellules voûtées construites sur six étages. Servant de grenier à l'origine, elles furent transformées en habitations.

Tataouine

Camp militaire à l'origine, servant de bagne ensuite, Tatouine est aujourd'hui une charmante petite ville très animée. Son marché, bihebdomadaire se tenant le lundi et le jeudi, est pittoresque. On y trouve des produits de beauté comme le henné, le khôl, des produits de vannerie, des bijoux anciens et surtout de très beaux tissages.

Le jardin du siège de la Délégation est intéressant : c'est un petit musée où l’on trouve un tronc d'arbre fossile, des inscriptions néopuniques, des fragments de statues, des chapiteaux corinthiens...
Tataouine est le point de départ des circuits de découverte des ksours.

Ksar Ouled Soltane

C'est ici qu'on trouve les plus belles ghorfas de tous les ksours. Elles s'ordonnent autour de deux cours, l'une du XVè et l'autre du XIXè siècle.

Mais, venant de Tataouine, on découvre, sur la route, d'autres sites fort intéressants : Ksar Degrah, Ksar Béni Barka, Ksar Kédim (ksar Znata).

Douiret

A l'ouest de Tataouine, le vieux village de Douiret, dominé par un ksar, est édifié sur un long éperon. Les habitations sont troglodytiques.

A Douiret, comme à Chénini et à Guermassa, on parle encore le berbère.

On fabrique de la poterie, des kilims du genre de ceux de Oudhref et des haïks rouges à ornementation géométrique très fine.

Ksar Ghilane

Ksar Ghilane est une oasis irriguée par une source thermale. Elle est encerclée par les dunes du Grand Erg. C'est la plus saharienne des oasis de Tunisie. Les jardins, où abonde le tamaris, sont très beaux.

Chénini

Site fascinant, Chénini était un refuge berbère. Le ksar est perché sur une crête rocheuse et les maisons, en contrebas, sont creusées dans les parois du piton.

Le site est très apprécié des touristes, qui le visitent en grand nombre.
On y trouve des huileries très anciennes dont certaines remonteraient au XIe siècle, une mosquée souterraine et une boulangerie troglodytique.

Ghermassa

C'est l'un des plus beaux et des plus spectaculaires sites de la région. L'accès n'est pas facile, mais l'originalité de l'endroit vaut l'effort. Dans ce paysage sauvage, les maisons s'ouvrent dans la falaise abrupte surmontée de deux pitons rocheux.

Le site offre une magnifique vue panoramique sur toute la région.

Ksar Haddada

A Ksar Haddada, les ghofas sont bien conservées. Blanchies à la chaux, elles constituent avec les courettes et les terrasses un enchevêtrement qui ne laisse pas d'impressionner.

Non pas un sud, mais des suds

Ainsi, en parcourant, à partir du parallèle de Gafsa, ces régions qui s'étendent sur la moitié de la superficie du pays, on découvre une grande diversité de paysages naturels et de modes de vie.

Le trait commun à ces régions si différentes est la difficulté du milieu naturel. Pour le dominer, l'homme a dû faire preuve d'ingéniosité, dépenser des trésors d'intelligence et surtout montrer de la ténacité, de la persévérance et du courage. Chaque site est le témoignage de ce combat incessant de l'homme contre une nature hostile, pour la maîtriser et aussi pour composer avec elle, s'y adapter.

La Journée nationale du tourisme saharien, fixée au 12 novembre, est destinée à mieux faire connaître cette fabuleuse richesse. Cette fête fastueuse se déroule, chaque année, sur plusieurs jours.