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El Jem

Consacré essentiellement à la vie quotidienne, le musée d'El Jem présente une très grande variété d'objets témoignant d'une activité artisanale particulièrement riche et ingénieuse. La plupart de ces objets ont été découverts soit dans les nécropoles soit surtout dans les vestiges des boutiques mêmes ou ateliers d'artisans, tantôt attenants, tantôt intégrés à des maisons de modestes proportions situées au sein du noyau urbain ancien de la cité : Certains parmi ces ensembles, exposés dans les vitrines, proviennent de l'importation et révèlent l'importance des courants commerciaux qui ont contribué à la prospérité de la ville. Mais c'est la production locale qui se taille la part du lion tant par sa diversité qui s'étend à des domaines aussi variés que la céramique, le travail du plâtre, la métallurgie, la tabletterie, la sculpture etc… que par le caractère original voire parfois unique dans le genre de certains spécimens.

 

1/
La céramique
2/
Le moulage en plâtre
3/
La métallurgie
4/
La tabletterie
5/
La sculpture
6/
Objets divers d'antiquité tardive et d'époque islamique

 

1/ La céramique :

Comme on le sait, au cours du Ier siècle avant J. C. et jusqu'à la fin du Ier s. après, l'Afrique a importé de la céramique de luxe d'Italie, de Gaule et à un degré moindre d'Espagne. Deux modèles dominent les importations : la céramique à paroi fine et la sigillée italique.


1-A/ La céramique à paroi fine :

Constituée essentiellement de vases à boire qui imitent les formes et le décor de la vaisselle métallique hellenistico-romaine, elle est caractérisée par une paroi épaisse, une pâte fine, dure et bien cuite, un engobe ou un polissage plus ou moins poussé et brillant. Produite surtout en Italie et à un degré moindre dans le sud de l'Espagne, elle se présente tantôt sous des formes hautes telles que gobelets fusiformes ou ovoïdes, tantôt selon des modèles dits à " coquilles d'œuf ", productions espagnoles caractérisées par une paroi fine, dure, bien cuite et bien polie ainsi que par des formes basses, carénées et plus ouvertes, tantôt sous forme de vases sablés, par application de grains de sable sur une ou deux faces, tantôt enfin sous l'aspect de petits bols et tasses à panse arrondie, avec ou sans anses, ornés d'un décor incisé ou exécuté à la barbotine (perles et mamelons intercalés, bâtons et godrons, festons et lunules, écailles de pommes de pin, feuilles d'eau, motifs animaliers etc…).

La vitrine présente des bols à décor sablé, un goblet à panse cylindrique haute et à décor en mamelons ou clous et perles, des tasses à anses à décor de mamelons et perles, des bols à panse hémisphérique et à décor de godrons ou de feuilles d'eau bordées de lignes ondulantes de perles en guirlande.

1-B/ La sigillée italique :

Il s'agit de productions fines de tables provenant de divers centre de fabrication et surtout d'Arezzo en Toscane et dont la décoration est obtenue à l'aide d'un moule ou surtout appliquée sur la surface externe du vase par des ponçons. Elle est essentiellement caractérisée par une pâte fine de couleur rose à brun pâle, recouverte par un vernis argileux, grésé et rouge luisant, parfois tendant vers l'orangé. Elle porte parfois des signatures inscrites à l'intérieur d'une " planta pedis " (empreinte de pied) et certaines formes lisses sont agrémentées de décorations à relief d'applique. Son apogée se situe sous le règne d'Auguste.

La plupart des spécimens exposés dans la vitrine sont des plats sur pied plus ou moins décorés et comportant, dans la plupart des cas, des signatures " in planta pedis " (9 sur 10).

1-C/ La céramique africaine : sigillée claire et céramique commune :

A partir de la seconde moitié du Ier siècle après J. C., l'Afrique (Tunisie actuelle), cessa d'importer les poteries de luxe pour devenir peu à peu la principale productrice et exportatrice du monde romain en la matière. Sa production, classée selon des critères précis, en sigillée claire A, A2, AC, AD, C et D inonda tous les marchés méditerranéens de la fin du Ier siècle après J. C. jusqu'au VIIe siècle. Elle est caractérisée par une pâte rouge-orangé recouverte d'un vernis de même couleur et par un décor qui, selon les modèles, est soit moulé en relief à l'aide d'une matrice, soit appliqué à la barbotine, soit encore incisé en creux à l'aide de poinçon ou de roulette. Cette sigillée claire de luxe, particulièrement abondante, se distingue d'une production, elle aussi florissante et très largement exportée, de vaisselle à usage culinaire dite africaine commune.

Les vitrines sont richement garnies de produits en sigillée claire : Olpés ou vases à anse très fins et très légers décorés en relief de colonnettes, guirlandes en arc, losanges, coquillages, personnage avec corne d'abondance, satyre, lion etc… ; série de grands plats en sigillée claire A, A/D, C et surtout moule en plâtre antique (et moulage actuel) de très grand plateau rectangulaire richement décoré d'un spectacle d'amphithéâtre (groupes de fauves et chasseurs en pleine action, dignitaires dans une loge, scène de combat etc…).

La céramique africaine commune est bien représentée notamment par des marmites ou " tajines ", des écuelles, des plats etc…

 

1-D/ Les lampes à huile :

Ces lampes étaient remplies d'huile dans laquelle on trempait une mèche pour obtenir une flamme assez persistante et assurer un éclairage durable. La vitrine présente des lampes puniques avec des pincements déterminant des becs pour le redressement de la mèche. Les lampes romaines sont caractérisées par un réservoir arrondi, assez profond, prolongé par un bec plus ou moins allongé et fermé à la partie supérieure par un disque, dont la forme varie, selon les types et les époques de production, ainsi que celle des bords et de la couverture du bec percée par l'orifice de la mèche. Ces lampes étaient fabriquées au moule en deux parties qui sont ensuite assemblées et lissées pour la finition. Les disques portent généralement un décor qui varie d'un modèle à l'autre : animaux, gladiateurs, oiseaux, figures géométriques, végétaux, motifs chrétiens etc… Souvent une marque de fabrique est imprimée sur le fond.

1-E/ Statuettes en terre cuite :

El Jem a fourni un nombre considérable de statuettes en terre cuite dont la facture et l'originalité suggèrent l'existence d'un atelier propre à la région. Le répertoire iconographique de ces figurines est très varié et parfois révélateur de tendances nouvelles, exclusives de l'Afrique. Certaines sont des repliques de modèles hellenistico-romains, d'autres représentent des scènes de la vie quotidienne mais la majorité est constituée d'image cultuelles se rapportant au panthéon romano-africain. La déesse Vénus occupe une place de choix parmi les statuettes présentées : elle est tantôt nue, débout sur un socle ou à l'intérieur d'un édicule à colonnes écartant des deux mains les pans de son voile, tantôt pudique cachant les attributs de sa féminité de ses mains voire d'une coquille ; parfois elle est accompagnée par un amour tenant une conque et par un dauphin. La plupart de ces statuettes portent, encore bien nettes, les traces d'une vive polychromie exécutée par dessus une couverte d'un blanc laiteux.

D'autres figurines se rattachent à des thèmes mythologiques et religieux comme l'enlèvement d'Europe, Diane chasseresse, Muse jouant d'un instrument de musique ou bien à des épisodes insolites comme celui illustrant l'accouplement d'une femme et d'un cheval, objet unique en son genre, ou encore à des scènes de la vie quotidienne comme cette mère portant son enfant derrière son dos, ou enfin, à des personnages grotesques comme cet homme à face de singe ou cet autre à crâne chauve. D'autres objets tels ce vase-biberon en forme de chien complètent la collection.

2/ Le moulage en plâtre :

Les artistes thysdritains se sont illustrés par la réalisation de plusieurs œuvres en stucs dont certaines sont demeurées jusque-là uniques en leur genre comme ces petites consoles en plâtre exposées dans les vitrines : les unes représentent trois personnages en relief : un aurigevainqueur brandissant une couronne, un chasseur et un personnage avec un objet globulaire (une outre ou une besace ?) ; une autre figure une tête de pan. Une très belle tête de Méduse en stuc peint d'une rare finesse d'exécution et dont les couleurs ont conservé tout leur éclat et leur fraîcheur est sans doute issue du même atelier. La Méduse avait le pouvoir de pétrifier tous ceux sur lesquels se posait son regard. Tuée par Persée, sa tête fut offerte à Athéna qui la porte sur son bouclier. Comme celui-ci, cette tête avait un pouvoir protecteur que recherchaient les propriétaires de l'impressionnante demeure du quartier central de Thysdrus dont elle ornait le triclinium (salon-salle à manger).

On peut également signaler une tête de lion rugissant, grandeur nature, portant encore des traces de peinture. Elle est impressionnante tant par la taille que par l'habileté d'exécution des détails de la crinière et de l'ensemble des traits de l'animal. Une statuette en plâtre, provenant d'un enclos funéraire réservé aux enfants morts en bas âge retient aussi l'attention par sa grande finesse et son attitude pleine de grâce : c'est une déesse trônant sur un siège et tenant une grande ou un coing d'une main et peut-être un sceptre (disparu) de l'autre.

Le travail du plâtre a donné lieu en même temps à la confection de nombreux moules d'animaux dont un notamment de coq de grandeur nature, très adroitement déssiné. Mais la découverte la plus intéressante fut celle de masques mortuaires en plâtre chargés d'une grande puissance d'émotion. Il y a lieu de signaler, à cet égard, un moule qui a très peu ou nullement servi et qui a été appliqué sur le visage d'un homme mort dont il conserve et restitue les traits avec une grande fidélité. Ces traits sont ceux du visage moulé d'un homme mort prématurément et de manière violente. L'étude anthropologique a montré qu'il s'agit d'un autochtone (berbère) qui a dû mourir vers le milieu du IIIe s. ap. J. C. Aucun autre moyen classique de portrait, comme la sculpture ou la peinture n'aurait pu atteindre un tel degré d'authenticité dans la représentation d'un type d'homme précis appartenant à une époque historique déterminée. Le tirage moderne opéré à partir du moule antique est de ce point de vue très éloquent.

Ce moule a été découvert en même temps et dans le même atelier qu'un moulage antique de femme. La physionomie de celle-ci a le réalisme des portraits mais elle est frappante par son aspect lugubre : traits tirés, bouche contactée, expression du visage figée, muscles de la mâchoire et du cou rigides. Ce moulage est incontestablement tiré d'un masque mortuaire et présente à l'état brut un aspect ingrat et effrayant. Aussi était-il l'objet de toutes sortes de retouches et de maquillages : on marquait l'iris que l'on peignait en noir, on creusait la pupille dans laquelle on incrustait une matière translucide et colorée comme le verre ou le mica pour recréer le regard. On dessinait les cheveux et dans certains cas on dotait la tête de cheveux véritables. On essayait ainsi de donner l'impression de vie. Dans le cas précis de ce moulage, les retouches avaient bien été commencées (cheveux et yeux dessinés, pupille creusée) mais n'avaient pas été achevées (traits du visage encore figés et nombreux défauts de finition, aspérités, coulées de plâtre, rugosités). Bien entendu le fard, ultime opération, n'a pas été appliqué.

Ces masques mortuaires sont liés à la vie familiale et aux pratiques funéraires et religieuses. Un véritable culte était voué aux ancêtres. Aussi les images des morts ou " imagines " étaient-elles nécessaires tant pour l'accomplissement des rites funéraires que pour toutes autres manifestations de la dévotion des descendants. Exposées à l'endroit le plus en vue de la maison, on les sortait chaque fois qu'un événement important était célébré et on les faisait participer aux diverses cérémonies et notamment aux enterrements des membres de la famille.

 

 

3/ La métallurgie :

De nombreux témoignages d'activité métallurgique ont été repérés dans les couches archéologiques de la cité antique. Des sondages ont révélé dans des niveaux successifs d'un quartier ancien une impressionnante quantité de scories qui semblent provenir de fonderies de plomb, métal servant à divers usages de la vie quotidienne et du bâtiment (ustensiles, récipient, instruments de toilette, conduites d'eau, scellement de toutes sortes etc…). Parmi les objets témoins de cette activité on citera :

- un poêle à manche pliant, ovale, en bronze
- un lucernaire composé d'un pied à trois branches en pattes de panthère séparées par trois feuilles de lierre, et d'une tige cylindrique. Celle-ci comportait, à la partie supérieure, des branches auxquelles devaient être suspendues des lampes en bronze.
- chaudron
- divers éléments : tête de mouton, griffon etc…

4/ La tabletterie :

Provenant des vestiges d'un atelier spécialisé dans le travail de l'os, des objets essentiellement destinés à satisfaire divers besoins de la femme, se rattachent à des traditions locales fort anciennes, pouvant remonter jusqu'à là préhistoire. Accessoires de toilette et outils variés à usage féminin constituent autant de témoins précieux de la vie quotidienne de l'époque et donnent en même temps un aperçu très suggestif du fonctionnement d'un atelier de tabletterie et des principales étapes de l'élaboration des objets ainsi que des avatars de production : amas d'ossements intacts constituant des stocks de matière première ; esquilles de toutes tailles, soit encore totalement brutes soit à l'état d'ébauches, soit en voie d'aménagement plus ou moins avancé mais n'ayant pas encore reçu de forme définitive ; ratés et déchets de fabrication. Mais ce sont surtout les produits finis qui retiennent l'attention par leur richesse et leur grande variété :

- Epingles à cheveux à tête lisse
- Epingles, stylets et poinçons
- Epingles à tête triangulaire
- Epingles à tête sculptée, dont une ornée d'une main droite et une d'un buste.
- Eléments d'épingles à bout doré
- Tête d'épingle sculptée en pomme de pin
- Spatules
- Statuettes sans tête dont une de Vénus
- Cuillères à fard
- Aiguilles à large chas
- Charnières de boîtes ou de coffrets
- Eléments de fuseau
- Rondelles
- Couteau à manche en os
- Dés à jouer
- Etc…

5/ La sculpture :

Thysdrus possédait un atelier de sculpture très actif. Parmi les traces d'activité de cet atelier on a trouvé, en particulier une œuvre en marbre et son esquisse en plâtre. Du modèle , il ne reste plus que la main gauche d'une grande statue tenant un petit amour dont seule la tête manque. La sculpture proprement dite, en matière plus fine et d'un travail plus soigné, est identique au modèle, à quelques détails près. L'amour est toutefois moins complet. Ces documents constituent un témoignage rare, précieux et vivant sur les techniques de travail des sculpteurs antiques et sur les activités artisanales d'une façon générale.

Une profusion d'éléments de décor architectural en marbre ont été également retrouvés sur le site ainsi que de nombreux bas-reliefs, statues et statuettes, ce qui dénote une activité intense des sculpteurs mais il est toutefois difficile de savoir avec certitude quelles œuvres ont été réalisées par les sculpteurs locaux et lesquelles viennent d'ailleurs. Néanmoins la collection du musée comprend quelques sculptures de belle qualité parmi lesquelles on peut citer notamment, une tête de l'empereur Lucius Vérus, une autre d'Annius Vérus, son fils, mort en bas-âge, ainsi qu'une tête de femme.

6/ Objets divers d'antiquité tardive et d'époque islamique :

On sait que Thysdrus a beaucoup perdu de son importance à partir du Ve siècle. Son rôle de capitale économique régionale de la Tunisie Centrale lui a été peu à peu ravi par Sufetula (Sbeïtla). La ville s'est rétrécie et on possède très peu d'éléments archéologiques et historiques sur son évolution aux époques vandale et byzantine. Toutefois une certaine activité économique subsiste, notamment dans l'arrière-pays thysdritain. En effet des lampes d'époque chrétienne trouvées à Thysdrus et dans sa région forment une catégorie à part reconnaissable à l'homogénéité et à la finesse de la pâte autant qu'à l'élégance des formes ou à la richesse des décorations. Il en est de même des carreaux de terre cuite de même époque qui forment un groupe fortement individualisé et remarquable par la diversité des motifs ornementaux. Les objets exposés au musée donnent une idée de cette production et de son évolution.

Les débuts de l'Islam sont encore moins bien connus à Thysdrus : seules quelques lampes et un assez joli vase permettent d'évoquer cette époque.